Qui sont Shaka Ponk ?

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Né d’un délire entre potes passionnés de nouvelles technologies, Shaka Ponk est depuis quelques années un groupe de rock mutant qui explore le virtuel pour mieux s’enraciner dans le réel. Pour preuve: des concerts qui se multiplient, des salles qui s’agrandissent et un public toujours plus nombreux. Geeks, adeptes des réseaux sociaux ou zonards de la globosphère, Shaka Ponk fédère une communauté grandissante de jeunes « citoiliens » aussi avides de musique que d’images, et bien décidés à en jouir pour de vrai. Dans un 3ème album accompagné de plusieurs clips Shaka Ponk poursuit sa trépidante aventure sur cette frontière ouverte entre instruments et sons produits par logiciels. Son titre, The Geeks & The Jerking Socks, fait référence à une scène du film American Pie où un jeune étudiant est surpris par ses parents alors qu’il mate un film pornographique dans sa chambre, le sexe fourré dans une chaussette. Ce thème d’une sexualité par procuration, quelques chansons le mettent en scène dans un disque qui est d’abord un passage à l’acte furieusement assumé et durablement jouissif.

C’est à Paris au début des années 2000 que le guitariste C.C. et le designer Frah posent les fondations d’un collectif qui veut accommoder les ingrédients de base du meilleur rock’n’roll à la sauce multimédia. Des sons et des images qu’ils conçoivent naît un univers bien à part au centre duquel trône un singe de synthèse ricanant, Mister Goz, qu’ils adoptent bientôt en mascotte et dont ils font leur logo. En 2004, le groupe s’installe à Berlin, ville en pleine ébullition culturelle où ils consolident une démarche qui mélange musique, graphisme et vidéo. Ce qui ne leur épargne ni les galères ni le blues du frigo vide. Retranchés dans un bunker, ils mettent au point les chansons d’un premier album, Loco Con Da Frenchy Talkin’, qui sort en 2006 sur le label Edel. S’en suivent des concerts à travers l’Europe en première partie de gangs issus de la scène hardcore, expédition qui les ramène un an plus tard, aguerris, résolus comme jamais, à leur point de départ : Paris.

Outre Frah au chant et CC à la guitare, Shaka Ponk se compose désormais de Steve aux claviers, de Ion à la batterie et de Mandris à la basse. En 2008, ils enregistrent pour le label Guess What Bad Porn Movie Trax, second album qui les ancre dans un horizon aux confins du rock metal, de l’électro et de la french touch, et révèle dans des textes, chantés en anglais ou dans un espéranto de leur cru, un penchant écolo pas démago (les logos de Green Peace, WWF et Global Cool figurent quand même sur leur site). Leur carrière s’en trouve boostée avec des tournées qui s’étoffent et un concept scénique évolutif. C’est ainsi qu’ils inaugurent la Monkey TV avec des mini caméras installées backstage, sur scène et dans le public apportant une dimension interactive à leur concert. Au cours de l’année 2010 se joint à eux la superbe chanteuse anglo-égyptienne Samaha dont les rugissements et la silhouette de panthère brune enrichissent ce groupe aussi exigeant sur le son que sur l’image.

C’est au cours de leur dernière tournée d’été, dans le bus ou avant les concerts, qu’ils enregistrent les 12 morceaux de The Geeks and The Jerking Socks avec des guitares, des ordinateurs, une batterie et une niaque de triathlètes. Douze titres en full metal jacket. Douze positions d’un kamasoutra rock’n’roll. Douze formules magiques que ces apprentis sorciers ont chipé dans le grimoire des anciens, surpris du grabuge qu’elles sont encore capables de produire. Tout excités à l’idée d’attiser un riff façon Aerosmith à la flamme Ministry, de verser du chlorate de Ramones sur du sodium de Chemical Brothers, ils font exploser la baraque avec une joie et une insouciance contagieuses. L’important étant de faire les choses. Car comme dit si bien le proverbe « les actes parlent plus fort que les mots ». Cette philosophie, Shaka Ponk l’applique à lui-même depuis ses débuts. Elle est le thème d’une rencontre avec Bertrand Cantat dans le furibard Palabra Mi Amor, seul titre chanté en français. Elle devient l’enjeu de petites fables sur le sexe comme Let’s Bang ou I’m Picky, et fournit une morale indicative à My Name Is Stain ou à Dancing Dead . C’est encore dans cet esprit du « rien ne sert de croupir, il faut rocker à temps » qu’ils allongent le très heavy Old School Rocka avec le rappeur américain Beat Assaillant. Avec ce 3ème album intrépide, torride, irrésistible, Shaka Ponk, groupe à la folie disciplinée, prouve encore une fois que le seul respect qu’on puisse témoigner à cette musique c’est d’en voler le feu pour allumer son propre bûcher.